Pétition : arrêtons de considérer les animaux comme des meubles !
mai 2012 par Justine Knapp
Selon le code civil français, nos amis les bêtes sont toujours considérés comme « des biens meubles ». Les évolutions sur le statut juridique des animaux sont maigres, au grand désespoir de la Fondation 30 Millions d’Amis qui continue sa mobilisation à travers une pétition.
90% des Français possédant un animal de compagnie le considèrent comme un membre intégrant de la famille (1). Pourtant, selon le code civil français, il reste considéré comme « un bien meuble », au même titre qu’une chose inanimée ou qu’un matériau de construction (art.528). Ce statut juridique, défini en 1804, est désormais en décalage avec notre société, où nos animaux ne sont plus uniquement considérés comme une force agricole.
Déjà en juin 2004, Dominique Perben, alors Garde des Sceaux, avait rédigé un rapport pour tenter de faire évoluer le statut de l’animal, en créant une catégorie juridique spécifique qui lui soit destinée. Le projet a été abandonné sans aucun motif d’explication.
Allain Bougrain-Dubourg, président de la LPO, a continué le combat en engageant la réforme du texte. Mais sans succès. Son projet d’avis, validé en avril 2011 par le Conseil économique, social et environnemental (CESE), est finalement devenu projet d’étude, à une voix près, au moment du vote (2). Suite à ce revirement, Allain Bougrain-Dubourg, a dénoncé une « tension (…) conduisant des groupes, comme les chasseurs, pêcheurs et agriculteurs à s’opposer à l’idée de poursuivre les travaux » (AFP).
Parallèlement, en juin 2011, Reha Hutin, présidente de la Fondation 30 Millions d’Amis, avait adressé au président Nicolas Sarkozy une lettre où elle indiquait que « l’animal est devenu une préoccupation sociale suffisamment forte pour que le législateur s’interroge sur une nouvelle définition de son régime juridique, comme l’a déjà fait la plupart de nos voisins européens ».
La Fondation continue son investissement via une pétition mise en place sur le site 30millionsdamis.fr.
Pour rappel :
En France, le code pénal considère que « tout animal est un être sensible et doit en conséquence être traité comme tel », tandis que le code rural réprime, depuis la loi du 6 janvier 1999, les sévices et actes de cruauté perpétrés à leur encontre. Pourtant, aucune loi ne protège encore les animaux sauvages en tant qu’individus.
(1) Sondage réalisé par IPSOS pour la Fondation 30 Millions d’Amis
(2) L’étude étant un simple état des lieux non paru au Journal Officiel, Allain Bougrain-Dubourg a alors décidé de stopper la procédure le 25 avril 2012.
Source: neo-planète
Pour signer, rendez-vous sur le site de 30 millions d'amis
Les poules préfèrent les cages : Bien-être industriel et dictature technologique
de Armand Farrachi

L'Entreprise
Décapant !
Le titre de ce livre éveille la curiosité ! Pourtant, ce n'est que le froid résumé des conclusions d'une étude menée il y a quelques années par des chercheurs de l'Institut national de la recherche agronomique sur le comportement des poules élevées en batterie : non seulement celles-ci ne sont pas gênées par leur cage, mais elles s'y trouvent au contraire plus en sécurité qu'ailleurs. La science et l'industrie ne seraient--elles pas en train de nous faire croire n'importe quoi ?, s'insurge l'auteur. Comment en effet ne pas être ébranlé lorsque l'on sait que l'étude citée a été produite au moment même où la législation européenne s'apprêtait à imposer des cages de plus grande dimension aux éleveurs de poules ? Et si l'on peut prouver scientifiquement que les poules préfèrent les cages, ne va-t--on pas demain nous dire que les Indiens préfèrent les réserves et les esclaves leurs chaînes ?
Avec un style corrosif et véhément, Armand Farrachi dénonce la logique de destruction du productivisme et s'interroge sur le devenir d'une société qui n'hésite pas à soumettre le bien-être de l'homme et l'équilibre de la planète aux besoins de l'économie. Ce pamphlet, c'est l'écueil du genre, n'évite pas les approximations. Mais il fait rire souvent, et surtout réfléchir. --Dominique Sicot-- --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
Il y a quelques années, une étude scientifique sur le comportement des poules élevées en batterie concluait qu'elles n'étaient pas gênées par leur cage, mais s'y trouvaient au contraire plus en sécurité qu'ailleurs. De là à dire que les poules préfèrent les cages, il n'y qu'un pas. Pourquoi ne pas dire alors que les veaux préfèrent être dans l'obscurité, les otaries exhibées dans des cirques et les Indiens parqués dans des réserves ? Nous-mêmes, ne sommes-vous pas de plus en plus amenés à définir notre " bien être " en fonction d'une économie qui n'hésite plus à soumettre l'homme aux impératifs de l'industrie ?
- Broché: 130 pages
- Editeur : Yves Michel Editions (17 février 2012)
- Collection : Société civile
- Langue : Français
- ISBN-10: 2364290090
1972-2012 : le Club de Rome confirme la date de la catastrophe


Il y a quelques semaines, le Club de Rome célébrait le quarantième anniversaire de son célèbre rapport (surnommé « Halte à la croissance ? »), dit aussi Rapport Meadows, du nom de son principal rédacteur. Ce rapport avait été présenté au public le 1er mars 1972, à partir d’une commande faite par le même Club de Rome (créé en 1968) au Massachusetts Institute of Technology (MIT) en 1970.
Cette célébration a donné lieu à un symposium le 1er mars 2012, dont les conclusions sont présentées sur le site du Club de Rome. Dans le même temps, un des organisme en charge du rapport, le Smithsonian Institution, rend public une version actualisée pour 2012 du rapport de 1972. Il s’agit, en fait d’un second rapport, utilisant la même méthodologie que le premier, avec les mêmes acteurs, le Club de Rome commanditaire et le MIT exécutant. Les instruments d'analyse ont cependant été modernisés, pour tenir compte des importants progrès accomplis dans les méthodes d'observation et de prévision.
Le point essentiel, que tous les gouvernements, que toutes les entreprises, tout les média auraient du noter, est que le rapport de 2012 confirme celui de 1972. Celui-ci donnait soixante ans au système économique mondial pour s'effondrer, confronté à la diminution des ressources et à la dégradation de l’environnement. La situation est confirmée par la formule du Smithsonian Magazine, « The world is on track for disaster… », autrement dit, “tout se déroule comme prévu pour que survienne le désastre”.
Ce désastre, comme le résume le physicien australien Graham Turner, qui a succédé à Dennis Meadows comme rédacteur coordonnateur, découlera du fait que, si l'humanité continue à consommer plus que la nature ne peut produire, un effondrement économique se traduisant pas une baisse massive de la population se produira aux alentours de 2030.
Le désastre n'est donc plus loin de nous, mais tout proche. 2020 est d'ailleurs considéré par certains experts comme une date plus probable. L'effondrement pourrait se produire bien avant 2030. Autrement dit tous les projets envisagés pour le moyen terme de 10 ans seraient impactés, voire rendus inopérants. Les rapporteurs font cependant preuve d'optimisme, en écrivant que si des mesures radicales étaient prises pour réformer le Système, la date buttoir pourrait être repoussée.
Rien ne sera fait
Mais nous devons pour notre part considérer, y compris en ce qui concerne nos propres projets, collectifs ou individuels, qu'aucune de ces mesures radicales ne seront prises. Le système économico-politique, selon nous, ne peut se réformer. Ce sont en effet les décisions des gouvernements, des entreprises et des médias qui convergent pour que tout continue comme avant, business as usual, ceci jusqu'au désastre. Une petite preuve peut en être fournie par le fait que pratiquement aucune publicité n'a été donnée par aucun des acteurs que nous venons d'énumérer à la publication de cette seconde version du Rapport.
Insistons sur le fait que ce n'est pas seulement le réchauffement global qui est incriminé par les rapporteurs, mais plus généralement l’épuisement des ressources et, au-delà, d’une façon plus générale, le saccage catastrophique de l’environnement sous toutes ses formes, autrement dit “la destruction du monde”. Pour l'empêcher, il ne faudrait pas seulement réduire notre production de gaz à effets de serre, mais s'imposer une décroissance radicale, à commencer par celle qui devrait être mise en oeuvre dans les pays riches, qui sont les plus consommateurs et les plus destructeurs.
Vains espoirs. Il suffit de voir comment, lors des élections françaises de cette année, la question a été évacuée des enjeux politiques. Dans le même temps, on envisage sérieusement de relancer la recherche des gaz de schistes et d'entreprendre des forages profonds en Méditerranée...Petit exemple, car des mesures autrement plus dangereuses se préparent en Arctique et ailleurs.
Les opinions publiques se rassureront en faisant valoir que si ce nouveau rapport n'est pas discuté, si des milliers d' « experts » de tous ordres ne le mentionnent pas, c'est parce qu'il est le produit d'un étroit groupe de pression comptant sur le catastrophisme pour prospérer.
Nous pensons pour notre part que certains décideurs, discrets mais influents, prennent au contraire ces prévisions très au sérieux et se préparent, évidemment par la force, à protéger leurs avantages face à la révolte des milliards d'humains qui seront touchés par le futur effondrement.
Sources
Nouveau rapport du Club de Rome http://www.clubofrome.org/?p=3392
Article du Smithsonian Magazine http://www.smithsonianmag.com/science-nature/Looking-Back-on-the-Limits-of-Growth.html#ixzz1rEEVUFqq
Rapport du Club de Rome 1972. Halte à la croissance http://fr.wikipedia.org/wiki/Halte_%C3%A0_la_croissance_%3F
Le point de vue animal: une autre version de l'histoire
de Eric Baratay

Le chien est le meilleur ami de l'homme mais l'homme est-il son meilleur ami ? Rien n'est moins sûr, si l'on en juge par les traitements parfois infligés et, dans un autre domaine, la place médiocre que l'histoire et la philosophie réservent habituellement aux animaux. À travers l'exemple des taureaux de corrida, des chevaux de mine ou encore des vaches laitières, Éric Baratay cherche à rendre la parole, ou à défaut leur histoire, aux animaux. Les constituer en sujets, voire acteurs de l'histoire, tel est le défi à relever. Renouvelant l'étude traditionnelle de leurs représentations, il propose une histoire des cultures animales qui ne soit plus anthropocentrée. Il s'agit désormais en effet de se pencher sur la construction du sujet animal, de prendre au sérieux l'" expérience vécue ", notamment la souffrance et la violence qu'il subit, mais aussi la connivence et la complicité qui peuvent le lier à l'homme. C'est afin de mieux rendre compte de l'histoire globale du sujet animal que l'auteur retrace alors l'incessante adaptation des espèces et des individus aux conditions naturelles et humaines. Se fondant sur l'éthologie, la biologie, la zoologie et la psychologie, il parvient à démontrer que l'étude de ce sujet autonome se situe au croisement des sciences naturelles et humaines, passage obligé pour l'historien s'il désire " entrevoir d'autres mondes que le sien ".
Éric Baratay, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Lyon, spécialiste de l'histoire des animaux, a notamment publié La Corrida (PUF, 1995), Zoos. Histoire des jardins zoologiques en Occident, XVIe-XXe siècle (La Découverte, 1998) et La Société des animaux. De la Révolution à la Libération (La Martinière, 2008, repris sous le titre Bêtes de somme. Des animaux au service des hommes, Seuil, " Points Histoire ", n° 442, 2011).
ECRIRE UNE HISTOIRE DECENTREE
D'INCESSANTES
METAMORPHOSES
DES VIES DE PROLETAIRE
LE
FARDEAU DES VIOLENCES
LA CHALEUR DES
CONNIVENCES
RETOUR A L'HOMME
- Broché: 388 pages
- Editeur : Seuil (15 mars 2012)
- Collection : L'Univers historique
- Langue : Français
- ISBN-10: 2020982854
Bêtes de somme : Des animaux au service de l'homme
De Eric Baratay

- Poche: 125 pages
- Editeur : Points (7 avril 2011)
- Collection : Points histoire
- Langue : Français
- ISBN-10: 2757815814
De la fin du XVIIIe siècle aux années 1950, le nombre d’animaux dans les villes et campagnes de
France augmente de façon considérable : les chevaux tirent les calèches ou travaillent à la mine,
les vaches sont traites dans les rues, les concours agricoles fleurissent, la consommation de viande
et de lait se banalise et l’élevage s’intensifie. C’est alors toute une civilisation qui se met à l’heure
des bêtes, vivant au plus près du monde animal adapté aux nouveaux besoins des hommes. Une
parenthèse exceptionnelle, qui sera mise à mal par l’ascension du moteur, l’exode rural qui éloigne
le bétail et le développement des animaux dits « de compagnie ».
Eric Baratay, Professeur d'histoire contemporaine à l'université de Lyon, spécialiste de l'histoire des animaux, a notamment publié La Corrida (PUF, 1995), Et l'homme créa l'animal ; Histoire d'une condition (Odile Jacob, 2003).
UN FOISONNEMENT D'ANIMAUX
L'enrôlement d'un prolétaire
La réquisition d'un fournisseur
Une mobilisation pour divertir
L'ADAPTATION AUX DESIRS
L'invention des races modernes
La fabrication des machines
UN NOUVEAU PAYSAGE
Le bétail aux champs !
Des sabots pleins les rues
Une vie parmi les bêtes
LE CHAMBOULEMENT SOCIAL
Se distinguer par l'animal
L'éclatement des attitudes
Des conflits plein les pattes
Sur Arte "Doit-on encore manger des animaux?
Arte, 27 mars, soirée thema "Doit-on encore manger des animaux ?"

À partir de 20h35, ne pas manquer la soirée d’Arte sur le thème de la viande. Au programme deux reportages « L’adieu au steak » et « Les nouveaux végétariens ». Ils seront suivis d'un débat en direct auquel Brigitte Gothière, porte-parole de L214, participera.
En savoir plus sur ce programme (site d'Arte)
Synopsis des deux reportages (source Arte) :
L'adieu au steak
La consommation de viande dans le monde a été multipliée par cinq au cours des cinquante dernières années. Enquête sur les conséquences d'une telle explosion, avec un commentaire dit par Nathalie Baye.
L'industrie agroalimentaire tente de nous persuader que consommer de la viande est bon pour la santé et que celle-ci est nécessaire à notre équilibre alimentaire. Or de nombreuses études prouvent que trop de viande rouge peut non seulement menacer la santé, mais même raccourcir l'espérance de vie. Quant aux viandes blanches, elles contiennent trop souvent des résidus d'antibiotiques. De manière générale, les élevages sont devenus des entreprises high-tech dans lesquelles on oublie totalement que les animaux sont des êtres vivants et non de simples produits. Sans parler des abattoirs. Et pour nourrir ces animaux qui fourniront les 40 millions de tonnes de viande produits chaque année, l'Europe doit importer du fourrage, par exemple du Paraguay, où quelques gros producteurs profitent de ces commandes tandis que la majorité de la population subit les conséquences, parfois dramatiques, de l'utilisation massive des pesticides. Pire encore : grâce à cette exploitation des ressources mondiales, la production européenne est tellement bon marché que les pays émergents préfèrent importer la viande d'Europe plutôt que de soutenir les producteurs locaux. Si l'on ajoute à ce tableau la contribution des élevages au réchauffement climatique, la pollution de notre environnement par les herbicides, insecticides et les nitrates, il est plus que temps de reconsidérer les habitudes de consommation de cette viande des riches qui affame les pauvres.
Les nouveaux végétariens
La cuisine végétarienne d'aujourd'hui, variée, colorée et goûteuse, fait de plus en plus d'adeptes chez les jeunes et démontre que l'on peut se nourrir sans viande de façon équilibrée.
Longtemps, on les a considérés comme de doux dingues ou de sinistres ennemis des plaisirs de la chère. S'ils sont toujours minoritaires dans notre société, les végétariens se recrutent aujourd'hui de plus en plus dans les cercles de jeunes urbains chics, cultivés et conscients des enjeux politico-écologiques. Comme les deux filles de la famille Wittmann, à Hambourg, qui ont fini par convaincre leurs parents de les suivre dans un monde sans viande. En Allemagne comme en France et de par le monde, les exemples ne manquent pas d'une cuisine végétarienne imaginative et séduisante, telle que le chef étoilé Michael Hoffmann la propose dans son restaurant Margaux, à Berlin.
Débat
Avec :
Rupert Ebner, président de Slow Food Allemagne, petit producteur.
Noëllie Vialles, sociologue et anthropologue
Brigitte Gothière, porte-parole de L214
Les droits des animaux
de Tom Regan

Traduction d'Enrique Utria
Les animaux ont des droits. C’est la thèse que défend Tom Regan dans cette œuvre fondatrice, contribution majeure à la réflexion morale contemporaine. Loin d’être sans pensée, comme l’affirmait Descartes, les animaux que nous mangeons, chassons ou livrons aux expériences scientifiques sont conscients du monde. Leur esprit est empreint de croyances et de désirs, de souvenirs et d’attentes. Ce sont, à ce titre, des êtres dotés d’une valeur morale propre, indépendamment de l’utilité qu’ils peuvent avoir pour nous. Ce n’est pas simplement par compassion pour leur souffrance, mais par égard pour leur valeur que nous devons les traiter avec respect. La théorie de Regan est la formulation philosophique la plus élaborée et la plus radicale d’une éthique des droits des animaux. Elle pose une exigence de cohérence : si nous refusons l’exploitation des hommes, il nous faut également dénoncer l’exploitation des animaux non humains. L’abolition de l’élevage, de la chasse et de l’expérimentation est requise par la justice.

Tom Regan est professeur émérite de philosophie morale à la North Carolina State University à Raleigh (États-Unis). Il est le plus influent théoricien des droits des animaux.
750 pages – 14 x 21 cm – 2012
ISBN : 9782705682309
Collection « L'Avocat du diable » dirigée par Charles Girard
Disponibilité: 13 avril 2012
http://www.editions-hermann.fr/index.php
Cultiver le vivant
Pour les jaïns, tout ce qui est issu de la nature est vivant, et toute vie est sacrée. L'homme doit éviter de porter atteinte à la vie sous quelque forme qu'elle soit. Même si la survie de quelques espèces dépend de l'existence de certaines autres, nous ne devrions jamais considérer ce principe comme acquis. Les homme ne représentent qu'une des huit millions quatre cent mille espèces qui peuplent la Terre . Ils n'ont pas plus de droit que les autres. Tout être vivant, qu'il appartienne ou non à l'espèce humaine, a le droit de vivre, et ce droit est le même pour tous. Non seulement les hommes ne disposent d'aucun droit sur les autres formes de vies (rien ne les autorise à ôter, contrôler ou assujettir la vie d'autres espèces), mais ils doivent, plus que toute autre espèce, pratiquer la non-violence et se montrer d'une grande humilité face à l'extraordinaire mystère de la vie.
[…] L'amour n'est pas l'amour s'il n'inclut pas les animaux. Peut-on parler de compassion à propos de ceux qui vénèrent la vie humaine tout en demeurant indifférents au massacre des animaux ?
En distinguant le règne animal du règne humain, en plaçant les intérêts de l'espèce humaine avant ceux des animaux, les hommes favorisent l'émergence du régionalisme, du racisme, du nationalisme, de l'inégalité entre les classes et les castes, et bien sûr entre les espèces. Les motivations qui conduisent à l'exploitation des animaux peuvent aussi conduire à celle des hommes : certains d’entre nous peuvent être amenés à réduire des hommes en esclavage au nom de leur intérêt individuel ou même de l’intérêt national, exactement comme on le fait pour les animaux. Voilà pourquoi nous, adeptes et moines jaïns, incitons nos semblables à manifester une révérence inconditionnelle et sans équivoque envers toute les formes de vie.
Satish Kumar, Tu es donc je suis, pp. 84-87, 2010, Belfond

Qui sont les nouveaux végétariens ?
Les « nouveaux végétariens » sont des personnes qui choisissent de ne plus consommer de chair animale. Elles sont issues de milieux et cultures où la consommation carnée est la norme. Quelles sont leurs motivations et valeurs ? Qu’est-ce qui a déclenché chez elles l’évolution vers le végétarisme ? Comment leur choix affecte-t-il leur vie sociale ? Quelle perception ont respectivement les végétariens et non végétariens des difficultés ou inconvénients d’une alimentation non carnée ?
Cet article rend compte de travaux contemporains consacrés à ces questions et évoque le contexte dans lequel des sociologues ont été amenés à s’y intéresser.
Pour lire le texte de Frédéric Dupont et Estiva Reus se rendre sur le site des Cahiers antispécistes:
http://www.cahiers-antispecistes.org/spip.php?article416

Une autre existence : La condition animale
de Florence Burgat

Il faut modifier radicalement notre façon de parler des animaux et reconnaître l'évidence de la condition animale, ne plus penser uniquement par rapport à l'être humain ou par rapport à la nature. Pour cela, l'auteur propose un parcours critique à travers les philosophies qui ont pensé l'animal. Florence Burgat montre comment l'existentialisme (Sartre et Levinas notamment), plus encore peut-être que la philosophie classique, a liquidé et interdit la question de l'animal. Elle explicite ces positions en développant le thème de l'organisme, non plus en tant que machine mais organisation, et démontre que le sens biologique est autre chose que l'ensemble des parties d'un animal, et qu'il fonde cette conscience animale dans l'angoisse dont les animaux sont atteints. Elle questionne la condition animale, et s'interroge sur la subjectivité des animaux, mettant en évidence leur pensée, leur résistance, avant d'attaquer les traitements inhumains et indifférents qui leur sont souvent réservés, dont elle dénonce l'idéologie sous-jacente. Enfin, avec l'évidence de la pratique de l'art chez les animaux, l'auteur propose une réflexion sur le symbolique et sur la capacité à symboliser, montrant, pour conclure, que les animaux sont " sujets d'une vie ". Une invitation à dépasser le cadre de la compassion pour fonder notre changement d'attitude sur la base d'une phénoménologie de l'existence animale, ce qui a des conséquences également sur notre façon d'appréhender la vie humaine.

Philosophe, directrice de recherche à l'INRA, Florence Burgat est l'auteur de plusieurs ouvrages fondamentaux sur la question animale dont, "Animal mon prochain" (Odile Jacob, 1997), couronné par le prix Biguet de l'Académie française en 1997, et "Liberté et inquiétude de la vie animale" (Kimé, 2006), dans lequel elle restitue l'expérience et la subjectivité des animaux.
- Broché: 384 pages
- Editeur : Editions Albin Michel (4 janvier 2012)
- Collection : Bibliothèque Idées
- Langue : Français
- ISBN-10: 2226208992
Extraits diffusés par L214:
Ces extraits ne sont pas un résumé du livre. Ils ne donnent pas non plus un aperçu exact du style de cet ouvrage, parfois ardu pour les non philosophes, notamment parce qu’ils ne permettent pas de montrer la large place faite par Florence Burgat aux pensées de plusieurs auteurs.
La résistance que les animaux opposent à leur saisie appartient pleinement à la lutte pour la reconnaissance du droit le plus fondamental : le droit à poursuivre sa vie. L’animal qui résiste à la prise manifeste son désir de vivre, de ne pas être capturé, tourmenté, blessé, enfermé, attaché ou tué. Tout être qui lutte, par les moyens qui sont les siens, exprime de fait la volonté de se voir reconnaître un droit à vivre. Ce vouloir-vivre spontané n’a pas besoin d’une argumentation théorique pour exister […] (p. 25)
L’opposition entre vie et existence est un lieu commun philosophique qui doit beaucoup à l’existentialisme : vivre, simplement vivre, ce n’est pas encore, et même pas du tout, exister. Manuels de philosophie des classes terminales, volumes didactiques de « notions de philosophie », dictionnaires s’en font l’écho. Ce lieu commun est l’obstacle à surmonter pour penser la vie autrement que sur le mode dégradé auquel sa comparaison avec l’existence le condamne. (p. 29)
L’auto-constitution du vivant désigne la capacité qui est la sienne de se distinguer lui-même d’un environnement avec lequel il entretient cependant des relations. (p. 98)
Ainsi, parmi les éléments qui creusent l’écart entre le mode de vie des plantes et celui des animaux, le mouvement spontané occupe-t-il une place centrale. […] L’autonomie et la spontanéité du mouvement propres à la vie animale semblent bien inaugurer quelque chose d’inouï dans la donne de la vie. (p. 99).
Qu’avons-nous donc peur de perdre en posant la question du sens dans le monde animal ?
Le fait pour un vivant de partir en quête d’une chose non encore à portée de main, de rendre en quelque manière présent ce qui est absent, n’est-il pas la marque du désir ? La distance qui sépare le désir de l’atteinte du but rend la différence entre la plante et l’animal manifeste. […] La chose n’est pas donnée à l’animal, il lui faut affronter le monde pour l’obtenir. Pour persister dans la traversée toujours périlleuse du monde vers quelque objet, « le désir est requis », si celui-ci a pour condition essentielle « la satisfaction non encore à portée de main » et si « la satisfaction différée est en retour ce que le désir rend possible ». (p. 108)
Aux côtés des concepts et arguments propres à la philosophie morale américaine, ceux forgés par la phénoménologie fournissent un puissant levier pour contrer les motifs réductionnistes qui sous-tendent et justifient implicitement l’emprise sur les animaux. Peut-on en effet, insistons-y, leur octroyer un monde, une vie de conscience, un rapport au symbolique, une vie de relation, une voix, une existence inquiète et un sentiment de malheur sans que jamais cela soit pris en considération quant aux implications morales et politiques ? (p. 115)
Merleau-Ponty définit le comportement comme le pouvoir général de répondre à des situations par des réactions variées dont le seul point commun est d’avoir un sens. Il se démarque ainsi du schéma stimulus-réaction prévalant dans le contexte de l’hégémonie du réflexe, au profit de celui instauré par la Gestalttheorie (« Théorie de la Forme »), de situation-structure. (p. 167)
Le monde ambiant de la vie, les choses du monde – monde de l’action, monde des choses qui valent pour moi – ne sont-ils donnés qu’à l’homme ? N’y a-t-il que lui pour constituer les objets ? Ce monde-de-la-vie, cette certitude d’une existence continue au sein d’un ensemble ordonné et signifiant pour moi ne le sont-ils que pour la subjectivité humaine ? « Vivre, c’est continuellement vivre-dans-la-certitude-du-monde. » Les animaux vivent en ce sens, ils vivent dans cette certitude non réflexive qu’il y a le monde. Telle est l’une des thèses majeures de Husserl. (p. 249)
[…] On peut évoquer la croyance partagée par le plus grand nombre selon laquelle l’abattage ne pose pas de problème moral parce que les animaux ne réfléchissent pas. Ce qui veut dire ceci : parce qu’ils se représentent pas la situation comme « nous » le ferions en pareille circonstance, il ne savent pas ce qui leur arrive (comme s’il n’y avait qu’une seule espèce de savoir : l’expérience réfléchie en troisième personne), ce qui aboutit à l’étrange conclusion qu’ils n’ont donc aucune expérience ni sensation de ce qui leur arrive, il ne leur arrive rien, il se passe au plus intime d’eux quelque chose à quoi ils demeurent étrangers. L’erreur tient dans l’assimilation du vécu à sa représentation, et cette erreur se trouve consolidée sur un autre plan par la substitution d’une destination (les professionnels de l’élevage ne parlent-ils pas de « viande sur pied » ?) à tout autre qualité, réalité ou possibilité. […] Ces lieux communs, le plus souvent ignorants de la tradition philosophique dont ils proviennent nous intéressent en tant que tels : l’équivalence entre la chose vécue et son concept, au point que la chose vécue sans son concept n’est même plus vécue, a profondément pénétré les esprits. (p. 345-346)
Nous marchons sur une croûte nette mais sous laquelle la putréfaction grouille. L’important est que nous n’en ayons pas la sensation – condition de la bonne marche du processus. Il y a bien ces camions chargés d’animaux que l’on croise parfois sur la route, mais où vont-ils ? Y a-t-il derrière les barreaux où l’on distingue leurs têtes des animaux malades, assoiffés, piétinés ? On ne sait pas. Le citadin a l’œil habitué aux livraisons du mort : les portes s’ouvrent sur des carcasses suspendues et proprement décapitées, qui seront donc découpées par « le savoir-faire de mon boucher » ; celui-là opère l’indispensable transition vers la convivialité. Certes, il a dû falloir tuer, mais ce savoir est vague, parce que le fait que les animaux veulent vivre leur vie n’a aucune consistance dans notre esprit ; partant leur mort n’a guère de réalité. (p. 371)

http://www.l214.com/




