Séminaire végétarisme

Date: mercredi, 10 février, 15:00 – 18:00

Lieu :Paris, 17 rue de la sorbonne (Salle Nosophi, G615 bis : escalier K au fond de la Galerie Dumas, 2e ét.) (plan)

Description:

1) a. Végétarisme, végétalisme, véganisme : Enrique Utria (doctorant en philosophie, université de Rouen)

    b. Végétarisme et alimentation carnée : chiffrer la souffrance animale : Charles Notin (enseignant en mathématiques)

2) Nourriture et sacrifice : Françoise Armengaud (philosophe, université de Paris X)

Alimentation carnée et végétarisme : approches philosophiques

Séminaire du centre Philosophies Contemporaines, université de Paris I

Sur inscription (nombre de places limité)

Programme 2009-2010

La banalité de l’alimentation carnée est si grande et si profondément ancrée qu’elle semble soustraite à toute interrogation et même à toute thématisation et conscience spécifique. Si « manger un animal » paraît barbare, « manger de la viande » est bien autre chose : pratique quotidienne, souvent bi-quotidienne, présente dans tous les milieux sociaux, elle soutient la représentation du « plat de résistance » et se trouve d'autre part intimement associée aux idées de convivialité et de fête. Ces déterminations contribuent, avec la quasi-invisibilité des processus d'élevage et d'abattage ainsi que des procédés de transformation de l'animal singulier en viande générique, à maintenir la pratique de l'alimentation carnée — et la structuration du rapport entre les hommes et les animaux qu'elle suppose ou qu'elle induit — dans un certain angle mort qui les ferme au questionnement tant individuel que collectif.

Le végétarisme, pour sa part, constitue un régime alimentaire spécifique qui exclut toute consommation de chair animale (viande et poisson), voire dans la forme plus radicale du végétalisme, la consommation de tout produit d’origine animale (œufs, lait...), à quoi s'ajoute encore, dans le véganisme, l'exclusion de tout usage de tels produits (cuir, laine, soie, cire...).

Régimes végétarien et végétalien peuvent être diversement motivés : préférences gustatives, raisons diététiques, interdits hérités d’une tradition culturelle ou d’un rite religieux, mais aussi (et c’est ce motif-là qui nous intéressera) refus porté par une décision personnelle, d'ordre rationnel et/ou éthique, de toute mise à mort et de consommation des animaux ainsi que de l'ensemble des pratiques subordonnées à cette fin (chasse, élevage, expérimentations et manipulations scientifiques...).

Le choix de ces régimes ne va pas sans susciter de puissantes objections et réactions en retour. Certaines, surtout quand elles prennent un tour violent et passionnel (dérision, stigmatisation...), peuvent sans doute être comprises comme des manifestations de résistance liées à ce que la mise en question, même silencieuse et implicite, du meurtre animal porte forcément une charge accusatrice et culpabilisante. Mais des arguments sont parfois aussi avancés, qui ont leur pertinence et leur consistance et qui à ce titre demandent examen et discussion. De divers ordres, ils mettent en jeu des points aussi différents que l’affirmation du caractère symbolique fondateur du sacrifice et du meurtre rituel, le caractère multi-séculaire de l’alimentation carnée, le doute jeté sur le moment de l’émergence de la conscience et de la sensibilité dans le monde vivant, le statut et la dignité ontologiques du végétal, ou encore les mécanismes biologiques de la chaîne alimentaire ou les processus de régulation des écosystèmes.

Les trois axes de réflexion selon lesquels nous nous proposons d'aborder la question du végétarisme sont dès lors les suivants :

1) On tentera d'expliciter les diverses motivations et arguments qui peuvent soutenir l'option végétarienne rationnelle et/ou éthique (respect ou pitié ou sympathie dus à l'individu qui possède des intérêts, ou une conscience, ou une sensibilité... ; droits naturels ou conventionnels des animaux ; calcul des plaisirs et des souffrances ; …) et les expériences – intellectuelles ou affectives – où s'élaborent de tels critères. On réinterrogera dans cette perspective, tout en veillant à concevoir la multiplicité et la différence des “paradigmes” où ils peuvent s'inscrire, les différents courants du végétarisme en se centrant principalement sur l'histoire occidentale (orphisme, pythagorisme, néo-pythagorisme, ...) sans exclure nécessairement des références ponctuelles à d’autres traditions culturelles.

2) On examinera les diverses sortes d'objections et d'arguments avancés contre le végétarisme,  en analysant d'une part les mécanismes et stratégies de disqualification et de stigmatisation qui peuvent sous-tendre certains d'entre eux, en ouvrant d'autre part pour les autres l'espace d'une réflexion et  d'une discussion communes approfondies.

3) On fera un état des lieux concernant l'époque actuelle : les évolutions en cours conduisent-elles à penser que les pratiques de consommation et les représentations corrélatives de l'animal et du rapport aux animaux se maintiennent inchangées voire se renforcent et se durcissent, ou bien incitent-elles à penser que se produisent ou se profilent certaines remises en question et déplacements de perspective ? On interrogera de ce point de vue les différents effets qu'on peut associer par exemple au développement de la conscience écologique (consommation de produits « bio », protection de l'environnement, de la biodiversité...), à l'émergence du souci du bien-être animal dans les filières d'élevage, aux réglementations de protection des animaux lors de leur transport et au moment de leur abattage, à la diffusion des courants éthiques anglo-saxons ou aux discussions actuelles chez les juristes concernant l’opportunité de remanier, de manière plus ou moins profonde, le statut de l’animal.

Ce séminaire de recherche s'organise pour l'année 2009-2010 en 8 ou 9 séances selon un rythme mensuel. Il devrait se poursuivre l'année suivante et donner lieu à publication.

Florence Burgat et Jean-François Nordmann

Florence Burgat (burgat.florence@wanadoo.fr)

Directeur de recherche en philosophie (INRA/Paris I)

Jean-François Nordmann (jfnordmann@free.fr)                                   

Maître de conférences en philosophie, Université de Cergy-Pontoise/IUFM de l'Académie de Versailles

Directeur de programme au Collège International de Philosophie

Intégralité du programme