Comment un animal peut-il être transformé en matière ?

         Par quel abus de langage un être vivant peut-il être transformé en « viande » ? On a plus affaire à un animal mais à un « collier » d’agneau, à un « jarret » de porc, à un « filet mignon » de veau, etc. Le vocabulaire utilisé pour l’animal dit « de boucherie » détruit l’être dans son unité, dans sa réalité globale ; avant d’être découpé par les hachoirs, il est déjà tronçonné par le découpage conceptuel. L’animal est tué dans le langage autant qu’il est tué dans les faits. Tout est fait pour qu’on l’oubli devant l’étal, sans parler de la publicité des grandes surfaces qui exhibe, à vous en donner la nausée, le spectacle aseptisé des massacres à grande échelle : un être, naguère vivant et qui n’aspirait qu’à vivre, devient un prix au kilo dans « sa » barquette […]

          Je pense que l’alimentation carnée est directement en rapport avec une agressivité intérieure : j’en ai fait le constat sur moi-même et sur d’autres. Les gens qui sont le mieux en accord avec eux-mêmes sont sans doute ceux qui acceptent le mieux le végétarisme.

Pascale in Végétari’elles- paroles de femmes autour du végétarisme, pp. 40 et 42, 2004 © La Criée