Notre premier travail, et peut-être le plus important, est de garder à l’esprit ce qu’implique la consommation de viande. Il faut avoir la volonté de regarder au-delà des publicités mensongères de l’industrie alimentaire. Celles-ci dissimulent derrière des façades esthétiques ou sentimentales (agneaux semblables à des peluches, poulets de bande dessinée) la réalité des fermes d’élevage intensif et des abattoirs dont l’existence n’a qu’un but : nous pourvoir en viande, abondamment et à bas prix. Nous sommes nombreux à manger de la viande, mais peu d’entre nous supporterait de visiter les lieux où l’on produit cette nourriture ; d’être le témoin non seulement du supplice et de la terreur des animaux que l’on transporte, sélectionne et abas tous les jours par millier, mais aussi de l’effrayante insensibilité et de la brutalité de leurs bourreaux qui travaille en notre nom et se mettre à notre service.

[…] Lorsque nous ne voulons pas savoir d’où vient notre nourriture, quels moyens l’ont produite et quel en a été le prix, et que nous mangeons de la viande sans compassion, de façon routinière, sans penser à la souffrance qu’elle a engendrée, nous nous détournons des êtres et nous les abandonnons à l’anonymat d’un insondable océan de souffrance. Comment cela serait-il compatible avec les enseignements du Bouddha.

Il est peut-être difficile de nous passer de viande et de sous-produits animaux. Si tel est le cas, nous pouvons au moins en éprouver du regret et souhaiter que la situation change : ce sera déjà un pas considérable et d’une valeur inestimable ; un pas dans la bonne direction. Nous ferons déjà preuve de courage en reconnaissant le bien-fondé d’un principe ou d’un idéal - même si nous ne pouvons encore l’intégrer ans notre vie quotidienne - et ainsi, surtout, nous ouvrirons la pote au changement et au progrès. Le reste suivra selon notre capacité. Il se peut que nous soyons, pour des raisons diverses (besoin physique, contexte social, intensité du désir), incapables de renoncer à la viande, mais alors il nous est toujours possible d’en manger moins ou d’une variété qui limite le nombre de vies sacrifiées. C’est, avant tout, en sensibilisant notre esprit et non en l’engourdissant par des arguments spécieux que nous progresserons. En suivant cette voie, nous atteindrons le point ou nos besoins physiques et nos choix de vie ne seront plus source de terreur et de douleur pour les êtres vivants, quels qu’ils soient.

Padmakara, in Les larmes du bodhisattva - Enseignements bouddhistes sur la consommation de la chair animale (de Shabkar Tsogdrouk Rangdrol), pp. 62-64, 2005 © Padmakara