Françoise Armengaud

Conviction du caractère central, encore de nos jours, de la notion de sacrifice, pour archaïque voire désuète qu'elle puisse paraître à un esprit occidental - mais au sein même de l'Occident n'est-elle pas vivace dans les pratiques des monothéismes juif et musulman ? N'est-elle pas également centrale, au moins métaphoriquement et théologiquement, dans le christianisme ? Or ce sont les animaux qui en font les frais. Est-ce juste ? Non ! Il convient d'autant plus de s'interroger sur l'éventuelle permanence d'un sacrificiel hors rituel, à la fois sourd, obscur et plat, dénué de toute opérativité positive, celui de l'abattage industriel et de la nourriture carnée, banalement et excessivement consommée aujourd'hui, voire revendiquée comme si la protéine animale faisait partie des Droits de l'homme. Conviction que la " question " des animaux n'est pas un " à côté " ou un " en dehors " de l'humain, mais lui est consubstantielle. Ce n'est donc pas non plus un " hors politique ", et ce, à bien des titres. Rôle " fondateur " (dit-on) des sacrifices dans les cités antiques ou dans les sociétés sans écriture. Pratiques perverses et mortifères à court terme comme à long terme dans les économies modernes. Il faut poser le défi : quelle société voulons-nous pour vivre en paix et en équité non seulement entre humains mais entre " animaux humains " et " animaux non-humains " ? Conviction quant au rôle des artistes et des poètes pour franchir les barrières érigées par des philosophies étriquées, réductionnistes, arrogantes et cyniques (au sens trivial du terme), entre humain et animal, et pour nous donner quelque chose aussi bien de la familiarité que de l'énigme. Elisabeth de Fontenay n'a-t-elle pas affirmé : " Il faut des artistes, virtuoses de la confusion, pour accorder aux animaux une compassion qui élargisse le coeur au point de faire vaciller le propre de l'homme ". Conviction que les animaux sont nos semblables et nos frères. Si la reconnaissance du visage animal, de la parole animale, de la dignité animale, rencontre l'argument de l'anthropomorphisme, elle en triomphe haut la patte. La simple justice requiert pour les animaux leurs droits à vivre libres sur leurs indispensables territoires, à n'être ni chassés, ni pourchassés, ni capturés ni mangés ni appropriés ni exploités de quelque manière que ce soit. Telles sont les principales inspirations de cet ouvrage aux tonalités souvent malheureuses (d'indignation) et parfois heureuses (de jubilation), diverses comme le sont nos relations avec les animaux.

  • Broché: 204 pages
  • Editeur : Editions Kimé (21 janvier 2011)
  • Collection : Philosophie en cours
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2841745406
  • Table des matières

    CRIMES CONTRE L'ANIMALITE
    Souffrance et mort animales ; Le témoignage de l'art ; A propos du film de Georges Franju, Le Sang des Bêtes
    Du sacrifice des animaux, ou comment l'absurde et le cruel se sont parés des plumes de l'intelligible
    L'INSCRIPTION DANS LE POLITIQUE
    Sur quelques sophisme touchant les droits des animaux
    Esclaves, femmes, enfants et animaux dans la Grèce antique
    Un fait social complexe : le traitement du cochon en Europe à l'Epoque médiévale
    MON SEMBLABLE MON FRERE
    Le visage animal : bel et bien un visage
    La condition animale selon Hugo, ou la muette éloquence d'un regard d'ombre
    Le temps ou les bêtises parlaient : imaginaire des contes, imaginaire de l'enfance

    Site de l'éditeur: http://www.editionskime.fr/fr_une.htm