Pour les jaïns, tout ce qui est issu de la nature est vivant, et toute vie est sacrée. L'homme doit éviter de porter atteinte à la vie sous quelque forme qu'elle soit. Même si la survie de quelques espèces dépend de l'existence de certaines autres, nous ne devrions jamais considérer ce principe comme acquis. Les homme ne représentent qu'une des huit millions quatre cent mille espèces qui peuplent la Terre . Ils n'ont pas plus de droit que les autres. Tout être vivant, qu'il appartienne ou non à l'espèce humaine, a le droit de vivre, et ce droit est le même pour tous. Non seulement les hommes ne disposent d'aucun droit sur les autres formes de vies (rien ne les autorise à ôter, contrôler ou assujettir la vie d'autres espèces), mais ils doivent, plus que toute autre espèce, pratiquer la non-violence et se montrer d'une grande humilité face à l'extraordinaire mystère de la vie.

[…] L'amour n'est pas l'amour s'il n'inclut pas les animaux. Peut-on parler de compassion à propos de ceux qui vénèrent la vie humaine tout en demeurant indifférents au massacre des animaux ?

En distinguant le règne animal du règne humain, en plaçant les intérêts de l'espèce humaine avant ceux des animaux, les hommes favorisent l'émergence du régionalisme, du racisme, du nationalisme, de l'inégalité entre les classes et les castes, et bien sûr entre les espèces. Les motivations qui conduisent à l'exploitation des animaux peuvent aussi conduire à celle des hommes : certains d’entre nous peuvent être amenés à réduire des hommes en esclavage au nom de leur intérêt individuel ou même de l’intérêt national, exactement comme on le fait pour les animaux. Voilà pourquoi nous, adeptes et moines jaïns, incitons nos semblables à manifester une révérence inconditionnelle et sans équivoque envers toute les formes de vie.

 

Satish Kumar, Tu es donc je suis, pp. 84-87, 2010, Belfond